Vers ses soixante-dix ans, Jean Pierre COTTU, ancien Commandant de Bord d’AIR FRANCE, s’est pleinement consacré au maquettisme centré sur la reproduction d’avions. Certes il y avait consacré une partie de son temps lorsqu’il était en activité, mais pas dans la proportion atteinte à son départ à la retraite.
Nous nous sommes croisés lorsqu’il était Commandant de Bord sur Boeing 727, avion sur lequel je fus affecté à mon début de carrière chez Air France. Puis, comme souvent à la compagnie, nous nous sommes perdus de vue.
Son choix s’était porté sur la reproduction des avions qui ont été exploités par notre compagnie nationale.
Quant à l’échelle, il a opté pour le 1/200. Pourquoi le 1/200 ? De nombreuses maquettes existent au 1/400, mais c’est trop petit pour bien représenter les détails, a fortiori quand il s’agit d’avions à hélices anciens d’une taille sans commune mesure avec nos avions modernes actuels.
C’est aussi une question d’encombrement ! Quand vous êtes, comme lui, à la tête d’une collection de plus de cent trente maquettes, il vous faut de la place pour les loger… C’est de l’ordre d’une pièce complète dans un logement. Donc, pas d’échelle au 1/100 et suivantes qui pèchent par encombrement. Le choix du 1/200 découle logiquement de ces contraintes.
Lors de ses déambulations sur les aires de parking des aéroports, quel pilote n’a pas été interpelé par la comparaison des tailles respectives des avions présents ? Pour ma part j’ai le souvenir de la première fois où j’ai vu un Boeing 777. C’était à San Paulo et je m’en souviens encore ! C’est vous dire si cela m’a marqué ! Mon copilote et moi-même étions restés quelques minutes, ébahis, à regarder la taille de ce bimoteur proche de notre Boeing 747, stupéfiés par sa taille et le diamètre des réacteurs. Notre regret du moment fut de ne pas voir un Boeing 747 à proximité immédiate.
De là à rêver de voir une Caravelle, un Concorde à côté d’un Wibaut 283, ou un Caudron Simoun à côté d’un boeing 747, il n’y avait qu’un pas ! Impossible dans la réalité, car ce serait échapper au temps qui passe et qui renouvelle les flottes des compagnies aériennes !
C’est pourtant ce que permet la collection des maquettes de Jean Pierre.
Adhérents tous deux de l’Association du Musée AIR FRANCE, nous avons repris contact un peu par hasard, ce qui nous a amenés à de nombreux échanges par téléphone ou internet.
Ces échanges, c’est ce qui va suivre, agrémentés des nombreuses photos de ses maquettes.
Embarquons par sa réponse à mon premier mail de reprise de contact.
JP COTTU : Comme toi, mon intérêt pour tout ce qui touche les avions de notre compagnie n’a pas faibli, même après un départ en retraite, surtout lorsque ces avions commencent à être oubliés. J’ai dans mon bureau un peu plus de 90 maquettes au 1/200, quasiment avions ayant tous fait l’histoire de notre compagnie, tels que Latécoère 631, Languedoc, DC3, Bréguet deux ponts… J’arrête là mon énumération qui deviendrait vite fastidieuse.
Quelques unes sont des réalisations personnelles, d’autres ont été achetées toutes faites auprès de fabricants bien connus.
Il y a trois ans, j’ai essayé d’intéresser le Musée Air France à la réalisation d’une maquette de Transall, sans grand succès à l’époque. De mon côté j’ai contacté une dame travaillant chez HERPA, un fabricant allemand de maquettes d’avions. Elle m’a adressé une photo de leur projet de Transall aux anciennes couleurs d’Air France dont tu vas trouver ci-dessous la photo.
Cela m’amène à y joindre la photo des trois versions du Fokker 27 exploités à la Postale. Pour ma part, je ne suis pas passé par la Postale de Nuit. Toi qui est passé par ce secteur, je pense que cela devrait t’intéresser.
J’y joins une photo des autres avions de la Postale : Junker 52 (oub AAC 1 Toucan) F_BAKK qui est le premier à avoir repris l’exploitation. Également photo du DC4, superbement réalisé dans les moindres détails, dôme navigateur et antennes.
Courant avril 2020, nous reprenons contact. Jean Pierre COTTU me fait part de ses derniers travaux, une maquette du Latécoère 521. Il joint à son message quelques photos que vous trouverez ci-dessous.
Courant 2021, lors du covid, Jean-Pierre m’envoie les photos de ses maquettes de Potez 62, Wibaut 283, Languedoc et Dragon volant, tous avions ayant été exploités par Air France (le Dragon Volant le fut à Madagascar).
Début janvier 2022, nous échangeons nos vœux de nouvelle année. J’en profite pour lui dire que mon fils s’est acheté une imprimante 3D. Ensemble nous avons cherché des logiciels de maquettes d’avions. Nous avons trouvé celles des Latécoère 631 et de l’Arc en Ciel.
Mon fils, bricoleur minutieux, s’interroge sur tes méthodes de décoration. Pourrais-tu m’apporter des informations ?J’aimerais également savoir où tu as pu te procurer les maquettes des Potez 62 et Wibaut 283. J’ai cherché à me les procurer sur internet. C’est introuvable. Le seul avion ancien que j’ai pu me procurer, c’est le Breguet 763, lors d’une vente aux enchères en Grande Bretagne. Maquette obtenue de haute lutte ainsi que la maquette d’un Comet 4 aux couleurs britanniques. Pour ce dernier couleurs logiques mais dommage qu’il ne soit pas aux couleurs d’AIR FRANCE !
En retour, je reçois la réponse suivante.
JP COTTU : “Mes maquettes sont toutes au 1/200, à de rares exceptions près. Ce sont des produits HBM en résine, très basiques pas de trains, pas d’hélices, pas de décalcomanies.
Je les ai reçues de Ron CRAWFORD aux US, il y a maintenant pas mal de temps. Malheureusement il s’est retiré de toute activité. Ces modèles sont maintenant pratiquement impossibles à trouver.
Toutefois le Languedoc, grande dérive et moteurs Pratt et With, est un produit récent que je pense encore disponible auprès de Wojtek BENZINSKI, son concepteur. Ce monsieur, de grand talent est britannique. Il se fera un plaisir de t’en envoyer un exemplaire. Le modèle est très fin, livré avec des décalcomanies. Aucune chirurgie n’est nécessaire pour obtenir une très belle maquette. Il avait un modèle petites dérives, moteurs SNECMA, version initiale du Languedoc. Cette maquette n’est plus disponible. (w.brezinski@zen.co.uk)
Pour ce qui est de la décoration, j’ai passé beaucoup de temps à chercher des photos. Il y a des trésors dans les archives du Musée Air France. Quel dommage qu’on ne puisse y accéder…
J’ai beaucoup utilisé Internet, Icare et quelques livres que je possède sur Air France. Il faut éviter les dessins, si beaux soient-ils et les photos de maquettes terminées. Il peut y avoir des erreurs.
Des décalcomanies pour Latécoère 631 sont disponibles chez F-RSIN. Seul le F-BDRC a reçu la livrée AF. Idem pour l’Arc en Ciel, mais attention ces décalcomanies ne sont pas tout à fait exactes, les marques d’immatriculation n’étaient pas noires mais rouges.
Mon Couzinet est un de mes premiers modèles. Il y avait des choses que je ne savais pas faire. Je vais en refaire un autre, n’étant pas tout à fait satisfait de ma réalisation. Toutefois la décoration est correcte.
Contact chez F-RSIN : Laurent HERJEAN (info@F-rsin.com)
Il met ses décalcomanies à l’échelle que l’on veut. Je te joins les photos de l’Arc en Ciel et du latécoère631.Si tu as besoin d’information, n’hésite pas. Jean Pierre”
Dans la foulée, je contacte Wojtek Brezunski. Voici la réponse obtenue de sa part.
W. BRESINSKI : “Bonjour Patrick.
A happy new year.
Thank you for your email. Yes, the Languedoc is one of my products in 1/200.
At the moment, i have the last version operated by Air France, F-BCUS with P & W engines.
It is a kit with resine airframe, metal landing gear and props with rubber tyres. The cost is GBP 35, plus postage. I also have the early version powered by the Gnome Rhone engines but I am looking for the small fin and rudder.
Kind regards. W. Bresinski”
Je recontacte Jean pierre Cottu dans le message suivant.
P VIAU : “Bonjour Jean Pierre :
Je vais recevoir sous peu la maquette du Languedoc, ainsi que celle d’un Dragon Rapide aux couleurs Air France. J’ai commandé les décalcomanies du Latécoère 631, du Comet type 1 AF et de l’Arc en Ciel. J’ai regardé avec attention ta photo du Comet. Sur les ailes figurent deux excroissances de régulation de l’écoulement d’air. Les as-tu rajoutées sur la maquette que je suppose être une maquette Atlas ? Peux-tu m’apporter des précisions et conseils de réalisation ?
J’ai une maquette JU 52 de marque Atlas aux couleurs LH. Je suppose que tu es parti de cette base pour la mettre à la livrée Air France. Comment l’as-tu transformée, notamment lettrage et couleur aluminium ?
Concernant la maquette du Goéland, quelle est son origine ?
Dernier point, as-tu réalisé des maquettes des Bloch 220, Leo 242 et 246 ?
Dans l’attente de ta réponse. Merci pour ton aide.
Cordialement. Patrick.”
Suite à ça, je reçois un long mail qui, au-delà de l’intérêt qu’il présente pour moi, pourrait intéresser un éventuel maquettiste / lecteur de cet article.
JP COTTU : “Bonjour Patrick.
Je reviens sur les sujets que tu as évoqués. On prend les choses dans l’ordre…Le Languedoc
Tu sais tout, deux versions, petites dérives et grandes dérives. Deux types de moteurs. La modification a eu lieu suite à une recommandation de la naissante OACI juste après la guerre pour accroître la sécurité au décollage en cas de panne moteur.Le Dragon Volant
La maquette est petite, plus petite que celle du Caudron Goéland . Je te joins une photo.”
JP COTTU :”Le Comet
Il a existé un modèle que je me suis procuré il y a à peu près 25 ans. Le constructeur était Historic Aircraft Models, pratiquement introuvable, à moins de chasser sur ebay. Ce modèle était très basique, comme ils l’étaient autrefois.
Le modèle Silver Classic distribué par Atlas est bien meilleur mais il y a du travail.
La finition « chromée » se ternit très vite. Si on veut la conserver en l’état, un seul remède : le Mirror !
On peut faire quelque chose de cette maquette mais il faut commencer par se débarrasser de la pellicule chromée sur laquelle aucune peinture ne tient. D’où l’usage d’une brosse métallique.. On arrive à un métal rose, vraisemblablement maillechort à forte teneur en cuivre.
Après, on peut passer un apprêt. Je suggère un apprêt de carrosserie automobile, d’une meilleure accroche que celui disponible en maquettisme.
J’ai choisi de représenter l’avion de série avec ses cloisons d’ailes. Le prototype ne les avait pas lors de ses premiers vols. Une entaille à la scie dans l’aile et j’y ai inséré un morceau de carte de crédit fini à la lime pour obtenir le profil convenable. D’après les photos en ma possession, il y aurait plusieurs sortes de cloisons d’aile.
Après l’apprêt, il n’y a plus qu’à peindre le modèle : bombe de Tamiya AS 12, Bare Metal Silver et Tamiya TS 28 Pure White.
J’ai utilisé les décalcomanies F-RSIN.
Si tu regardes des photos tu verras que le logo AF avait un diamètre beaucoup plus important que celui proposé
par F-RSIN. Disposant d’une imprimante qui permet de réduire ou agrandir à volonté, j’ai refait un logo avec du papier décalque vierge…
Sous l’avion il y a un joint tout à fait disgracieux entre le fuselage et les ailes. Il faudra le combler avec du Répar Métal de chez Sader. Ponçage et comblage avec du mastic modélisme (Tamiya putty). C’est suivi d’un nouveau voile de peinture d’apprêt.
La préparation est la partie la plus longue, mais c’est ce qui fait la différence entre un modèle soigné et un modèle où on a brûlé les étapes.
A l’appui de mes propos je te joins les photos des différentes étapes.”
JP COTTU :
“Le JU 52
C’est la première maquette que j’ai réalisée lorsqu’à 70 ans j’ai arrêté de voler. Il fallait bien que je m’occupe…
Je sais qu’il y a un excellent JU 52 fait par Atlas, mais les difficultés pour le peindre sont telles que je te suggère de l’oublier. Achète plutôt le très bon modèle produit par ZVEVDA. C’est russe, cela coûte une petite dizaine d’euros. C’est exactement ce qu’il faut pour se faire la main. Peinture TAMIYA 12 Bare Metal Silver. Pas de décalques. J’ai utilisé les transferts à sec DECAdry. Résultats au delà de ce que je pouvais imaginer. Bien sûr il faut que la police des caractères corresponde…
Le problème avec les décalques comportant des parties transparentes très importantes est qu’on a ce qu’on appelle un « silvering effect ». Pour atténuer cela, il faut une surface aussi lisse que possible, sans aspérités, recouverte d’un voile de vernis brillant. En posant le décalque on utilise du liquide MicroSet de chez Micro Scale, puis du Micro Sol pour faire oublier les bords du décalque et les fondre sur la maquette. Après cela, un voile de vernis pour sceller et protéger le tout.
Cela paraît un peu long mais c’est le processus à suivre.
Concernant le JU 52, avec son revêtement en tôle ondulée, le silvering effect est impossible à éviter. Donc DECAdry est plus que recommandé. Application facile.
Le métal n’était pas brillant sur le JU 52 mais plutôt patiné. Un vernis mat fera l’affaire.
Pour le cockpit, peindre les montants du pare-brise séparément au pinceau est une vue de l’esprit. J’ai fait autre chose. Les parties vitrées ont été abondamment couvertes en Bare Silver, plusieurs couches fines sont préférables à une couche épaisse qui va couler.
Un voile de noir pour couvrir toute la partie vitrée. Puis, avec une lame de rasoir de « grand-père, les lames à deux tranchants,on gratte doucement le noir pour faire réapparaître les montants du pare-brise. Sur un modèle à cette échelle, c’est à tout à fait réaliste.
Je tze rappelle que le F-BAKK est le premier JU 52 à avoir réalisé un vol postal après la guerre.
Je m’arrête là. Je continuerai un peu plus tard avec les autres modèles que tu a s évoqués.
Amicalement. JP COTTU.”
Nouveau message le 14/02/22
Bonjour Patrick.
Je poursuis en suivant la liste des modèles que tu as évoqués.Le Goéland
C’est un vieux casting que m’a envoyé Ron CRAWFORD il y a longtemps, remarquablement bien fait en plastique. Aucun travail de chirurgie nécessaire. Bien sûr, pas d’hélice, pas de trains et pas de décalques. Il faut tout faire.
Comme je te l’ai dit, les chances de trouver un casting sont infimes.Le Bloch 220
J’ai fait ce modèle juste après le JU 52 et en même temps que le Latécoère 631. Je te joins deux photos. Le modèle que j’ai fait est représentatif de la fin de série (17 avions produits), avec un pare-brise modifié façon DC3.
Pas mal mais aujourd’hui, je peux faire quelque chose de mieux et plus exact.
Les décalques sont F-RSIN mais leur dimension sur les ailes n’est pas correcte. Quelques détails sont perfectibles. Je vais en refaire un autre.
J’ai une prédilection pour les vieux avions à hélices. Je ne peux résister au plaisir d’adjoindre à cet article quelques photos de Jean Pierre consacrées aux avions d’avant guerre, ceci complété par la maquette du SO 30 Bretagne.
Jean Pierre est parti d’une maquette de la collection des avions de Tintin édités pour le compte des éditons Moulinsard. Voici le modèle de base avant transformation.
Commencé avec les photos des maquettes des avions de la Postale de Nuit d’après guerre, concluons par les deux avions emblématiques d’AIR BLEU, le Caudron Simoun et le Caudron Goéland.
Jean Pierre avait judicieusement placé des pièces de monnaies à côté de ces maquettes. Je vous laisse le soin d’apprécier…
